Les collaborateurs âgés: cliché et réalité

Les collaborateurs âgés: cliché et réalité

«Les collaborateurs âgés sont chers. Ils sont moins résistants aux rythmes de travail. Ils manquent de flexibilité.» Passé l’âge de 50 ans, beaucoup de personnes à la recherche d’un emploi sont confrontées à ces préjugés. Et ceux-ci sont utilisés à chaque fois que l’entreprise envisage des mesures d’économie. Mais quelle est la part de vérité dans ces clichés? Nous examinons pour vous trois préjugés.

Préjugé 1: les collaborateurs âgés sont chers.

Parlons tout d’abord d’argent: Il est vrai que les salaires des employés plus âgés sont en moyenne supérieurs à ceux des plus jeunes – parce qu’ils disposent d’une grande expérience professionnelle et obtiennent en conséquence un salaire de base plus élevé. La différence est toutefois bien inférieure à ce que l’on pense: si l’on compare les salaires moyens des 40 à 49 ans en Suisse avec ceux du groupe des plus de 50 ans, la différence mensuelle s’élève en moyenne à 230 francs pour les hommes et à 102 francs pour les femmes. C’est ce que montre l’enquête suisse sur la structure des salaires 2015 de l’Office fédéral de la statistique. D’un point de vue statistique, les grands bonds salariaux ont lieu avant le 40ème anniversaire – peu de choses se passent après 50 ans.

Un autre facteur sont les cotisations sociales. Les personnes plus âgées sont ici plus chères car les bonifications de vieillesse pour la caisse de pension sont rehaussées de manière échelonnée. Si une bonification de vieillesse représente au moins 15 pour cent du salaire pour un employé de 45 ans, cette part s’élève à au moins 18 pour cent pour une personne de 55 ans. Si l’employeur en paie la moitié, il en résulte une différence de 1,5 pour cent en termes de charges salariales. Pour un salaire moyen suisse de 6'427 francs et donc pour un salaire annuel assuré de 52'449 francs, cela constitue en définitive 65,50 francs par mois.

Les faits: la différence entre les sexes est plus importante qu’entre les tranches d’âges.

Les collaborateurs âgés sont-ils donc plus chers? Oui, un peu. Toutefois, l’écart entre les sexes - toutes professions confondues – est plus significatif. Ainsi, le salaire moyen des femmes de plus de 50 ans reste encore inférieur d’environ 400 francs à celui des hommes de 30 à 39 ans. Et il ne viendrait certainement à l’esprit de personne d’embaucher uniquement des femmes parce qu’elles perçoivent encore les salaires les plus faibles d’un point de vue statistique.

Charges salariales

Conseils pour les employeurs:

Avez-vous l’impression que le rapport prestation-prix d’un collaborateur n’est plus optimal? Peut-être n’est-ce pas une question d’âge mais d’une longue routine de plusieurs années. Peut-être votre employé a-t-il besoin dans ce cas d’un nouveau projet passionnant. Ou alors il ne souhaite plus supporter le stress lié à sa fonction de cadre et serait heureux de pouvoir changer pour le rôle d’expert spécialisé. Ou bien votre employé aimerait même travailler à 80 ou 60 pour cent durant les prochaines années et serait de nouveau au top de sa motivation grâce à ce gain de temps libre. Trouvez ensemble des solutions individuelles qui conviennent aux deux parties.

Conseils pour les collaborateurs:

Votre salaire a-t-il augmenté en permanence au cours des 30 dernières années? Vous ne devriez pas considérer cela comme une évidence mais comme une obligation. Car il faut fournir une contrepartie à la hausse de salaire. Réfléchissez à la manière dont vous pouvez accroître votre valeur sur le marché, par exemple par une formation complémentaire. Proposez de manière ciblée à votre employeur de former et de coacher des collaborateurs plus jeunes. Non seulement l’entreprise en profitera, mais également votre image: vous montrez ainsi que vous valez votre rémunération.

Préjugé 2: les collaborateurs âgés sont moins résistants.

Les personnes âgées sont-elles plus souvent malades? Selon les données de l’Office fédéral de la statistique de 2016, le taux d’absentéisme des collaborateurs de plus de 55 ans dépasse légèrement la moyenne: 3,9 contre 3,0 pour cent. D’un autre côté, l’âge n’est que l’un des nombreux facteurs d’influence: le sexe, la nationalité, la branche, la taille de l’entreprise ou le niveau hiérarchique jouent également un rôle important. Ainsi, les employés de la branche du bâtiment présentent presque trois fois plus d’absentéisme pour cause de maladie et d’accident que les professions libérales, à savoir les catégories professionnelles telles que les avocats ou les architectes.

Les faits: l’âge n’est que l’un des nombreux facteurs de maladie.

Les collaborateurs âgés sont-ils moins résistants? Si l’on prend le nombre de jours d’absence comme indicateur de la résistance, les collaborateurs âgés sont effectivement plus souvent malades. Mais d’autres facteurs tels que la situation personnelle ou l’état de forme sont au moins aussi importants que l’âge. Une dame de 58 ans qui vient chaque matin à vélo au travail, est probablement moins souvent enrhumée que le jeune papa excessivement fatigué qui attrape régulièrement un virus de la maternelle. D’ailleurs, ce n’est pas la présence mais la performance qui compte.

Capacité de puissance

Conseils pour les employeurs:

Avec une gestion professionnelle de la santé en entreprise, vous pouvez, selon les experts du canton d’Argovie, réduire le taux d’absentéisme de jusqu’à 50 pour cent. Cela vaut particulièrement la peine pour les employés plus âgés. Promouvez leur santé de manière ciblée: veillez à l’ergonomie des postes de travail, aux charges néfastes spécifiques à la branche et surtout: témoignez votre estime envers vos collaborateurs plus âgés. Car les personnes heureuses dans leur travail sont plus en forme, autant physiquement que moralement.

Conseils pour les employés:

 Maintenez-vous en forme grâce à de l’exercice régulier et à une alimentation équilibrée. Personne n’est à l’abri de coups du sort, mais beaucoup de maladies peuvent être évitées ou du moins repoussées avec un style de vie sain. De plus, un corps sain se régénère plus rapidement d’une infection qu’un corps faible. Il en va de même pour votre forme mentale: restez curieux et à l’écoute de votre branche et suivez-en les tendances majeures. Vous pouvez prendre ainsi part à tout moment aux échanges et démontrer en même temps que vous n’êtes pas encore «bon pour la ferraille».

Préjugé 3: les collaborateurs âgés manquent de flexibilité.

Tout le monde connaît un vieil ours bourru dans son entreprise qui déclare pour chaque nouveauté: «Oubliez ça. On nous l’a servi il y a 20 ans déjà. Ça n’avait pas non plus marché à l’époque.» Une telle attitude peut être très éreintante, mais cela vaut quand même la peine d’écouter. Car le contraire du vieux collaborateur inflexible est le jeune diplômé dynamique qui sait tout mais uniquement en théorie, malheureusement. En particulier dans les projets et les mesures de changement, les collaborateurs plus âgés peuvent être d’une aide précieuse. Car leur trésor d’expériences leur permet souvent d’anticiper les obstacles éventuels et de prévenir ainsi des risques. Toutefois, cela fonctionne uniquement si les deux parties font preuve d’un état d’esprit positif.

Les faits: la flexibilité n’a aucun rapport avec l’âge.

La flexibilité n’est pas une question d’âge mais plutôt d’état d’esprit personnel et surtout de caractère. Il existe des personnes de 63 ans extrêmement curieuses et ouvertes, mais également des jeunes diplômés intérieurement «poussiéreux». Le soit disant manque de flexibilité est plutôt une question de perspective. En fin de compte, une personne de 55 ans se repose sur d’autres expériences et se trouve à un autre moment de sa vie que son supérieur hiérarchique âgé de 25 ans. Il ne faut pas sous-estimer le fait que le collaborateur plus âgé représente de par ses doutes, sa nostalgie et son regard rétrospectif, les sentiments d’un groupe de clients du même âge en augmentation. C’est justement pour cela qu’il faudrait le prendre au sérieux.

Développement

Conseils pour les employeurs:

Avez-vous l’envergure suffisante pour estimer la perspective des collaborateurs âgés: même lorsque cela n’est pas facile parce que vous n’arrivez pas du tout à vous identifier avec elle? Dans les équipes multigénérationnelles, vous pouvez parfaitement combiner les idées fraîchement moulues des jeunes avec le trésor d’expériences des anciens et susciter des débats intéressants. Si un collaborateur semble à bout et désabusé, cherchez à dialoguer avec lui – cela vaut pour toutes les tranches d’âge. Car un état d’esprit négatif renferme souvent le sentiment de ne plus être pris au sérieux. Récompensez les forces vives chevronnées par une formation complémentaire et présentez clairement celle-ci comme un signe de remerciement pour l’engagement satisfaisant de ces collaborateurs.

Conseils pour les collaborateurs:

Le monde tourne de plus en plus vite et personne ne peut freiner cette tendance. N’allez pas à contre-courant, cela demande trop d’énergie. Que ce soit à la brasse, en crawl ou en papillon, laissez-vous simplement porter par le courant. Cela vous évitera d’endosser le rôle de l’éternel sceptique. Vous n’êtes pas obligé d’ouvrir votre propre compte Snapchat. Mais vous pouvez demander à l’occasion à votre apprenti de vous montrer comment les réseaux sociaux fonctionnent. Informez-vous sur les nouvelles technologies et méthodes de travail. Bluffez vos collègues en étant le premier à découvrir une tendance de la branche. Visitez des salons professionnels et participez à des conférences. Avec chaque activité à laquelle vous participez, vous envoyez le message suivant: «Oui, je partirai dans quelques années en retraite. Mais d’ici-là, je suis totalement de la partie.»